Christopher Hilsenbeck demi d’ouverture dans l’équipe nationale Américaine de Rugby XV : Les Eagles
Christopher, joueur de nationalité Allemande est né aux USA et a fait toute sa carrière pro en France. Aujourd’hui, il s’est donné les moyens de jouer pour la MLR, la ligue Américaine de rugby à 15 et est intégré dans l’équipe nationale des USA. Avec les Eagles, il devrait participer à la coupe du monde de rugby en Australie en 2027…
Nous sommes à environ 500 km au sud-ouest de Washington, dans la ville de Charlotte, en Caroline du Nord. Ce dimanche 5 juillet, il fait très chaud et la température dépasse largement les 35 ° Celsius. Le stade de L’American Légion Mémorial Stadium et ses 10 500 places est presque plein pour encourager l’équipe nationale de rugby à XV américaine, les Eagles, qui rencontre pour un match test l’équipe nationale de Belgique, les Diables noirs.
Dans le couloir qui mène à la pelouse, le cœur de Christopher Hilsenbeck bat différemment aujourd’hui. Pour la première fois de sa vie, il va entrer sur le terrain en tant que remplaçant, sous le maillot bleu de l’équipe nationale américaine. Scott Lawrence, l’entraineur est déterminé à faire jouer le numéro 10 qui est l’ouvreur de l’équipe des Hounds (les chiens-loups) de Chicago. Il va effectuer une première sélection. Christopher est un joueur de nationalité allemande, mais née à Los Angeles aux États-Unis en janvier 1992, d’un père américain et d’une mère allemande. Grâce au principe de droit du sol, il détient désormais une double citoyenneté et est éligible pour rentrer chez les Eagles et représenter ce pays sur la scène internationale du ballon ovale. Par le passé, il a joué à Atlanta, en 2019, puis il vient d’être recruté par Chicago pour la Major League Rugby, le championnat américain de rugby à XV en 2025. Ce challenge est assez intense, car la saison ne dure que trois mois (mars à mai ou juin ) avant de jouer 3 test-matchs en juillet sous le maillot des Eagles.
En attendant d’entrer sur la pelouse, Christopher entend les tambours et les musiciens mettant une ambiance joyeuse dans ce grand stade. Il y a aussi les « Pom Pom girls », les « cheerleaders » et toute la folie des spectateurs états uniens pour qui tout sport est une immense fête. Les Américains découvrent le rugby à XV et ont beaucoup d’engouement pour ce sport qui leur offre de nouvelles émotions. Le moment d’entrer sur la pelouse se rapproche et au milieu des odeurs du camphre utilisé pour chauffer les muscles, chacun se concentre et se prépare à jouer, n’entendant plus que les battements rapides de son propre cœur et le bruit des crampons raclant le sol.
La détermination se lit dans le regard de chacun. Christopher est focus dans sa bulle, car il ne veut pas se louper. Il va jouer dans un stade magnifique, sur une pelouse impeccable, au milieu de supporters déchaînés, avec des ballons parfaits, et des maillots aux couleurs magnifiques. Tous ces petits détails comptent un peu dans la performance à venir et, surtout, cet athlète doit prouver aux gens qui sont présents dans le stade qu’il mérite sa place dans l’équipe des Eagles.
Puis c’est l’entrée dans l’arène au son des tambours et autres instruments bruyants. Le public Américain est de plus en plus supporter de l’équipe nationale et le nombre de spectateurs augmente à chaque rencontre. Christopher va directement sur le banc de touche pendant que les équipes se mettent en place pour les hymnes.
Il porte le numéro 22, car il est encore remplaçant. Mais c’est tellement fou !
Il repense à tout le chemin parcouru pour en arriver là. Quels sacrifices, quelles désillusions et, finalement, que de joie de pouvoir chanter « The Star-Spangled Banner », l’hymne Américain !
C’est à la fois très impressionnant de vivre mon bonheur et de ne pas le partager avec ma famille. Je veux dire que je suis arrivé dans la sélection, depuis peu, et c’est assez dur de s’intégrer dans une équipe en si peu de jours. Il y a un grand joueur qui est une star qui occupe la place de demi d’ouverture, et de mon côté, je suis beaucoup moins connu. Donc, il faut faire son trou et c’est assez complexe, même si tout se passe en très bonne camaraderie. La composition de l’équipe est variée en termes de nationalité, ce qui se traduit par des styles de jeu distinct. Nous n’avons pas eu beaucoup de temps pour nous accorder. Mais cela n’est rien à côté de la fierté d’avoir été choisi pour un match. L’ambiance, la pression, tout cela est un tout qui permet de se motiver et d’être à 200 % ! Pendant les quelques minutes que dure l’hymne, je pense aussi aux sacrifices imposés à ma famille. Car si je suis présent ce jour-là à Charlotte, c’est dû au soutien indéfectible de mes proches, tel que Cloé, mon épouse, qui vit avec notre fils Carl, en France, au Pays basque. En ces minutes de joie extrême, mais aussi de doute, cela tourne vite dans la tête… Je suis encore reconnaissant envers toute ma famille qui m’a permis de persévérer et qui y a cru autant que moi…
À la 61e minute, Christopher entre enfin sur le terrain, porteur du maillot des Eagles, pour remplacer le n° 10 sortant, A. MacGinty. Cette première rencontre s’avère prometteuse, puisque, en définitive, l’équipe des États-Unis remporte la victoire sur la Belgique par le score de 36 à 17.
À cet instant, mon désir le plus profond est de revenir pour le prochain match, malgré la crainte, l’anxiété et tout le reste… Enfin, quelques semaines plus tard, c’est une immense fierté, lors du coup de sifflet final du match contre les Samoa, où il est acté que l’équipe nationale américaine est sélectionnée pour la coupe du monde en Australie en 2027. Nous l’avons fait, ensemble pour notre pays ! Je réalise mon rêve de petit garçon. Je suis aussi fou de joie, car mon fils, Carl, pourra vivre cet événement avec Cloé et moi, là-bas, en Australie.
Endosser le numéro 10 de l’équipe américaine lors de la Coupe du monde me procurera des souvenirs inoubliables, que je pourrai partager avec mon enfant, ma conjointe et ma famille, des instants qui ne se répètent qu’une seule fois dans une carrière sportive. C’est une véritable reconnaissance, car tous ont fait beaucoup de sacrifices pour me permettre d’y arriver. Le sport de haut niveau est sans pitié, voire un peu égoïste, car il faut penser en priorité à soi, ou à des objectifs sportifs sans cesse renouvelés, parfois au détriment de la famille. Les miens ont accepté et encouragé les différentes étapes de ma carrière. Sans eux, je n’en serais pas là, alors ce n’est que la moindre des choses de les associer ensemble à cet événement unique dans la vie d’un athlète. Au plus profond de mes pensées de simple papa, j’aimerais aussi que Carl se souvienne à jamais, de ces moments de partage, de cette réussite sportive, car j’arrêterai probablement le rugby après l’Australie. Partager ces moments uniques avec mon fils, qui sera encore jeune dans deux ans, me permettra de prendre ma retraite sportive en toute sérénité. J’aurai coché toutes les cases et au fond, même si toute ma famille est déjà fière de moi, je souhaiterais aussi que Carl se souvienne que son père fut un sportif de haut niveau… Transmettre le goût du sport, réveiller l’héritage génétique de sportif qui sommeille en lui, partager des moments de jeu, avoir une même passion…
Ce sera mon dernier rêve de sportif, d’homme et surtout de père !
Il faut dire que Christopher a pratiqué le rugby très jeune, vers 7 ans, chez lui en Allemagne, du côté de Heidelberg. Né à Northridge, dans la banlieue de Los Angeles, il passe sa petite enfance là-bas. Puis sa mère rentre en Allemagne avec lui et il passe donc toutes ses vacances scolaires auprès de son père, en revenant sur la côte ouest des USA. Vers 7 ans, son meilleur ami habitant en face de chez lui, l’entraîne sur un terrain de sport et ils jouent au ballon (rugby et basket) tous les après-midi en rentrant de l’école. Heidelberg est une exception allemande pour le rugby. Il y a là-bas cinq ou six clubs qui font le plaisir des jeunes joueurs en herbe. Vers 12-13 ans, en passant des sélections avec ses meilleurs copains de jeu, il finit par intégrer des poules départementales et régionales de rugby. C’est le début des premiers voyages à l’étranger, la France, l’Angleterre…
J’avais le choix entre le rugby et le basketball et je me suis dirigé, par amitié, vers le ballon ovale. J’éprouvais une grande excitation à l’idée de partir pendant 10 à 15 jours à Cambridge, en Angleterre, avec mes amis les plus proches. Dans les bus, nous chantions et c’était magique. Pas de parents, quelques petites fêtes en cas de victoire, et visite de quasiment toute l’Europe à 15 ans, dans une superbe ambiance. C’était génial !
Ensuite, le jeune adolescent joue pour l’équipe d’Allemagne des moins de 16 ans.
Nous faisons des tournois à Strasbourg, à Metz, à Paris. Et nous rivalisions avec le Stade français, et d’autres bonnes équipes. Quand nous avions 15 ou 16 ans, nous commencions à nous dire que, si un jour nous pouvions devenir pros et en faire notre métier, ce serait énorme. On a commencé un peu à nouer des contacts. Un jour, des dirigeants de Colomiers nous ont fait des propositions de recrutement, avec la possibilité de suivre une scolarité normale à Toulouse. La société Airbus avait ouvert une section allemande au lycée international de Colomiers. Continuer notre parcours scolaire était une des conditions imposées par nos parents. Le club nous a aidés à trouver des familles d’accueil, puisqu’on avait 16 ans, on ne pouvait pas encore habiter tout seul. Nous sommes partis à trois. Mon ami le plus cher et un autre joueur qui m’a accompagné depuis notre tendre enfance. Nous étions tous les trois, très tentés par cette aventure…
Christopher et son groupe d’amis ont rejoint l’équipe de rugby dès leur arrivée en été 2008.
Les premières semaines sont en réalité assez dures. Je ne parlais pas le français, et ce n’est pas évident d’abandonner sa vie, sa famille, ses habitudes à seulement 16 ans. Je rappelle que le soir dans le lit, je pleurais parfois du manque de mes parents, de mon cercle familial, amical. Heureusement, il y avait la passion de ce sport et la possibilité de vivre un rêve.
Nous rentrions 15 jours toutes les 6 semaines, lors des vacances scolaires, et je me souviens que les retours à Toulouse étaient très compliqués. Mais, le jeune ado s’accroche fermement et l’année se passe bien, les choses se mettant en place tout doucement, à la fois pour l’école et pour le sport.
Sportivement parlant, je me suis éclaté, car le niveau sportif était bien plus important qu’en Allemagne. Et puis, cette passerelle tendue par le destin nous donnait l’espoir de devenir pro un jour…
Malgré quelques doutes pendant les longues vacances scolaires d’été, Christopher et ses deux amis font le choix du métier passion, au détriment de leur vie de famille.
C’est beaucoup plus facile d’être à trois. Nous nous retrouvions à la sortie des cours, nous mangions ensemble, nous discutions souvent et nous nous entraînions ensemble. En gros, nous étions à l’école de l’enfance !
Nous arrivions en avance aux heures d’entraînement, chaussant rapidement les crampons, jouant quelques balles ou pratiquant des exercices de musculation. Les entraîneurs étaient ébahis par notre détermination sans failles. Je pense que nous étions conscients d’être privilégiés par rapport à nos anciens camarades allemands. Pour les Français, être là n’était pas forcément une situation spéciale, c’était presque normal. Tandis que nous, nous vivions notre passion !
Christopher intègrera par la suite le centre de formation et deviendra Pro. Il passera de 10 heures d’entraînement par semaine à 20. Au début, il joue pour l’équipe espoirs, les moins de 21 et 23 ans, mais fait ses séances d’entraînement avec l’équipe première. Pour son poste, le n° 10, il y a trois joueurs.
Donc, au début, tu tiens le bouclier, tu ramasses les cônes, et puis tu regardes surtout… C’est l’apprentissage, parce qu’en fait, tu as 21 ans, tu penses être le meilleur. Mais, en réalité, tu n’es le meilleur qu’avec les gars de ta génération… Sur le terrain, il y a des hommes qui sont pro depuis plus de 10 ans et qui jouent avec toi. Et en fait, cela te remet un peu les pieds sur terre, en te rappelant qu’il y a encore beaucoup à apprendre. Je me rendais bien compte que j’étais un bébé en leur compagnie, et en même temps, j’avais toujours les yeux qui brillaient…
Christopher et son meilleur ami vivent le rugby au quotidien. 8h30, arrivée au stade, ils vont à la salle de musculation, regardent les vidéos de l’adversaire, participent à des réunions de stratégie. Ils n’imaginaient pas qu’il y avait toute cette préparation physique et mentale avant un match. Ils étudient les vidéos d’entrainement, décortiquent leurs actions, leurs placements en permanence…
David Skrela, international de rugby, avec plus de 30 sélections en équipe de France, joue à l’US Colomiers en tant que titulaire du poste de demi d’ouverture. Il est en fin de carrière et Christopher appartient à la génération montante. Plutôt que d’être dans la rivalité, David Skrela lui transmet tout naturellement son savoir quand il découvre ce jeune joueur passionné, animé d’ambitions pour son sport.
Christopher Hilsenbeck évoluera au poste de demi d’ouverture au sein de l’équipe de Colomiers, arborant le numéro 10 sur son maillot.
C’était mon club de cœur. Puis, lors d’une rencontre en Bretagne, je suis repéré par l’équipe de Vannes, qui souhaite me rencontrer rapidement. J’y vais avec mon agent en me demandant qu’est-ce que je vais aller faire dans une région où le rugby n’est pas le sport préféré des habitants. L’accueil est super, et Vannes a besoin d’un n° 10 rapidement.
L’affaire se fait, et je me retrouve dans le club breton…
Encore une fois, il faut partir. Il faut laisser sa famille d’accueil avec qui il a gardé de bons contacts, sa compagne Cloé, ses amis…
Il se rend à Vannes quelques mois avant sa compagne pour installer une maison, prendre ses marques au sein du club, etc.
En réalité, j’ai passé cinq ans au club de Vannes et, aujourd’hui, je me rends compte que c’était les meilleures années de ma vie, avec mon cercle amical et familial. Avec Cloé, nous avons eu beaucoup de visites de nos familles respectives, de nos amis qui sont tous venus nous rendre visite et ont constaté que c’était juste magnifique.
Sur le plan sportif, je servais de remplaçant à un ouvreur néo-zélandais. J’étais souvent sur le banc et je finissais les matchs. Puis, petit à petit, je prends ma place et je joue pratiquement à chaque match.
J’ai même réussi à faire venir au club mon meilleur ami d’enfance, celui avec lequel je suis venu vivre à Colomiers. Nous étions les numéros 9 et 10, et nous avons formé une équipe formidable.
Je me sentais psychologiquement bien là-bas, dans un environnement favorable, autant à la maison qu’au travail. Les repères familiaux et autres sont très importants pour un joueur. Un groupe d’amis s’est formé progressivement, et nous avons pris l’habitude d’aller à la pêche à pied sur la plage ensemble. C’était agréable de renforcer nos liens sociaux. Le sportif n’existe pas sans le côté familial !
La stabilité sentimentale et la stabilité sportive avec le groupe engendrent une sorte de famille. Cela devient comme une deuxième maison. Nous sommes unis dans la diversité et par la même passion. Le club démarrait, il y avait beaucoup d’espoir et de travail. Le club avait une vision qui convenait à nous tous.
Puis le temps passe et au bout de cinq ans, suite à des problèmes de réorganisation dans l’encadrement du club de Vannes, l’agent de Christopher lui trouve un contrat avec Carcassonne.
En ce qui concerne les agents, savez-vous comment en trouver un qui soit disposé à vous représenter ?
C‘est un processus classique du circuit professionnel. Un jour, un agent approche un joueur en lui disant : voici mes services et si nous travaillons ensemble, j’ai des clubs intéressés par tel type de profil… Je pense que tu colles à ce qui est recherché, je peux aller voir si tu veux.
C’est exactement comme un agent artistique dans le milieu du spectacle. Il connaît tous les clubs, leurs besoins, leurs projets et fait des propositions en conséquence. Il n’est pas au fait du sport lui-même, il connaît juste très bien le milieu. Il sait discuter en ton nom, et négocie tout pour toi. Lui, prend un pourcentage sur le pack. Il connaît bien les lois et est capable de te dire si un contrat est solide ou pas. C’est, avant tout, une histoire de business. Grâce à lui, on va dire, financièrement, j’ai pu évoluer beaucoup plus vite que si je l’avais fait tout seul, parce qu’il pense à des détails, comme le nombre de matchs joués, ou à l’amélioration des performances, que je n’aurais jamais osé mettre en avant…
De mon côté, j’aurais bien aimé, parfois, pouvoir discuter avec mon agent lors de phases de doutes sportifs, mais avec le mien, cela ne se faisait pas. C’est pour cela que, lorsque d’anciens joueurs se reconvertissent en agent, ils ont beaucoup plus de succès, car ils sont capables d’appréhender les deux domaines… C’est assez rassurant en fait !
À Carcassonne, Christopher est revenu dans le sud avec Cloé en se rapprochant de la famille. C’est un moment important d’être enfin proche des siens. Il a l’impression de participer pleinement aux évènements et fêtes familiales, comme Noël.
En arrivant dans l’Aude, j’étais blessé et je suis resté 4 mois sans jouer. Puis à la fin de la saison, le club sort du circuit pro en étant relégué en national.
Christopher est donc libéré du club et se pose énormément de questions…
A Bientôt 30 ans, n’est-ce pas le moment d’arrêter ? Devenir quelqu’un d’autre ? De changer de voie ? Le chalenge du Top 14 ne lui est pas accessible par manque d’opportunités. Qu’a-t-il réellement envie de faire maintenant ? Et qu’est-ce qu’il doit encore sacrifier pour sa fin de carrière sportive ?
Un ou plusieurs déménagements, une nouvelle existence, de nouvelles connaissances…
Cloé est l’accompagnatrice de cet été rempli de réflexions, où il partage avec elle, ses incertitudes, ses désirs et ses opportunités. Chaque étape de décision est prise à deux, car à chaque fois, elle est impactée au niveau de son travail, il faut retrouver une maison, s’y sentir bien. Cloé doit discuter avec son supérieur hiérarchique des modalités d’organisation de son emploi du temps, notamment la possibilité de travailler à domicile, et de décider des jours et lieux pour des rencontres. Pour sa compagne, ce n’est pas simple et Christopher veut que cela lui convienne en tous points. Pour lui, c’est bien plus facile, car quand il arrive dans un club, tout est prêt pour l’accueillir.
C’est dans ces moments d’imprécisions, que le demi d’ouverture pense à Atlanta, où il connait l’entraîneur de l’époque qui était un joueur néo-zélandais. Ce dernier était passé par la France et avait joué à Bayonne et Narbonne.
Il lui répond : « Tu peux venir finir la saison avec nous, il n’y a aucun problème ».
Christopher part seul quelques mois à Atlanta, ne voulant pas amener Cloé sur un simple coup de tête…
Là-bas, il finit la saison et en profite pour nouer des contacts avec la sélection nationale. Mais aux USA, les saisons sont très courtes, de janvier à juin. Et il se retrouve sans jouer à partir de juillet.
Petit retour en France, car, ici, la saison dure un an avec deux pauses de quatre semaines (une en hiver, l’autre en été).
Le Biarritz Olympique se manifeste et l’engage pour une saison. Cloé s’installe donc sur la côte Basque. La saison se passe sans trop de soucis, mais n’est pas folichonne…
Alors, Christopher souhaite retenter les USA et doit attendre janvier pour le faire. Devenu papa pour la première fois de sa vie, il profite de son fils Carl, et de sa compagne. Il n’est plus sur les routes ou dans des avions et passe les six premiers mois de la vie de son fils à trois. C’est important pour ce jeune homme qui découvre les joies de la paternité…
En janvier, aucune nouvelle des États-Unis et Christopher est prêt à arrêter sa carrière. Psychologiquement, il a accepté de tourner la page, et souhaite se lancer dans le financement immobilier.
Une reconversion qui approche de plus en plus. Toujours aucune nouvelle de l’autre côté de l’Atlantique. Il doit suivre une formation pour ce nouveau travail, qui constitue désormais son plan B. C’est avec quelques regrets qu’il se dit que le rugby est peut-être terminé. Sa plus grande tristesse, c’est que son fils, âgé de 6 mois, n’aura jamais vu son père jouer au rugby. Transmettre une passion, n’est-ce pas inclus dans l’ADN de tous les papas du monde ?
Il a réalisé que cela pourrait ne pas arriver. Plutôt que de s’apitoyer sur son sort, le jeune homme s’est lancé dans cette reconversion, tout en continuant à jouer à Saint-Jean-de-Luz, histoire de rester en forme… au cas où !
Christopher s’est tellement conditionné à vivre cette reconversion, que, lorsque le coup de fil provenant de Chicago arrive, il souhaite refuser, estimant que c’est trop tard, car il est engagé dans sa nouvelle vie, auprès de son futur patron.
Et pour lui, une parole est une parole !
Cloé saura trouver les mots, lui expliquant de ne pas laisser passer cette dernière chance. Après tout, il ne doit partir que 4 mois, et, comme c’est un contrat court, il est certainement possible de trouver un arrangement avec son futur employeur. En tout cas, c’est bien d’essayer…
Fais ce que tu dois faire et nous verrons après !
Face à cette dernière chance et à l’acceptation de Cloé qui est déterminante, il part à Chicago pour jouer avec les « Hounds » (les chiens-loups) une saison de 4 mois.
Donc, vous repartez à Chicago pour jouer la MLR ?
En France, une saison dure un an. Aux USA, en 2026, la Major League Rugby dure quatre mois, car il n’y a que 6 villes engagées. Cela fait un tournoi de 12 semaines, soit à peine trois mois, puis c’est terminé. La saison se joue tous les week-ends et nous parcourons les États-Unis, passant du chaud aux froids sans cesse. C’est fatigant, mais très gérable, tout comme les décalages horaires, même s’il y a peu de repos entre les matchs. En fin de saison, les matchs s’arrêtent jusqu’à la saison suivante, laissant les athlètes se reposer. C’est après la fin de la MLR que la sélection nationale joue soit des matchs tests, soit des qualifications pour des championnats.
Cette année, en 2025, j’ai eu la chance d’intégrer les Eagles et nous avons joué l’Espagne, la Belgique, l’Angleterre, et puis le Japon et les Samoa pour la qualification à la Coupe du Monde en Australie.
On a battu les Samoa, à Denver dans le Colorado, et nous sommes donc admis à la coupe du monde.
Ce n’était pas gagné d’avance, nous devions jouer le Canada, les Japonais, et les Samoa. Pour être sélectionnés, il nous fallait gagner au moins un de ces trois matchs…
Nous misions sur le Canada, l’équipe la plus faible contre nous pour le faire. Sauf que le match ne se déroule pas comme prévu et que la rencontre s’avère être un véritable calvaire pour les Eagles. Résultat : nous perdons 34 à 20.
Dans nos esprits c’est plié, car le Japon et les Samoa sont des gros morceaux… Tout le monde rentre la tête basse.
Plus que deux matchs !
Contre le Japon, dernière répétition, mais nous perdons encore…
Reste un match à Sacramento !
Nous n’avons plus rien à perdre, et l’équipe est déchainée. Cela faisait longtemps que nous n’avions pas joué à ce niveau. Résultat : 29 / 13 pour nous, nous sommes sélectionnés !
C’était génial !
Quelle est la grosse différence entre la façon de jouer aux USA et en France?
La plus grosse différence, je trouve que c’est le coaching. Actuellement , chez les Hounds de Chicago, le staff est Australien, donc de l’hémisphère sud et, avec eux, les joueurs ont un rôle beaucoup plus important dans la préparation qu’en France. C’est très participatif, car au final, le moteur c’est les joueurs plutôt que l’entraîneur et j’ai trouvé du coup que c’était bien plus fort parce qu’en définitive, nous progressons de nous-mêmes et ensemble vers le but fixé. Il y a un groupe de leadership avec des joueurs qui ont pas mal d’expérience et qui, tous les matins dans le vestiaire, font des réunions, en fixant l’objectif de la journée. Pourquoi sommes-nous là aujourd’hui ? Quels buts devons-nous atteindre en fin de journée ? Pourquoi nous y arrivons ou pourquoi nous ne progressons pas ?
Parfois, le coach en rajoute un peu, et cela renforce l’envie de chacun. Nous ne jouons pas pour le staff, mais pour nous et si chacun propose un excellent jeu, c’est toute l’équipe qui en bénéficie et qui progresse ensemble…
En France, les relations équipes entraîneurs, c’est surtout perçu comme un prof et ses élèves… Vous devez faire ceci, vous allez jouer comme cela, etc. Et quand cela ne fonctionne pas, vous vous faites taper sur les doigts. C’est un cycle qui revient constamment… Le week-end dernier nous avons été bons, puis, la semaine suivante, non… La fois d’après, les dirigeants parlent de nullité et font trimer tout le monde à l’entraînement. Ce genre de cycle éternel marche un certain temps, mais tout le monde s’en lasse assez vite.
En tout cas, personnellement, ce genre de tactique dans le détail, « type anglo-saxon ou de l’hémisphère sud », correspond plus à mon éthique de jeu et me permet d’être performant sur la durée. J’aime savoir exactement ce qu’il se passe sur la séquence 1 du match, la 2, la 3, etc. Vraiment, avoir un plan de jeu hyper défini, avec une stratégie où tout le monde peut se mettre au diapason, c’est mieux. Attention, je parle pour moi, et ce style de coaching convient à ma façon de jouer, à mon type de caractère. Quand je sais où me situer dans les objectifs demandés, cela me permet de savoir ce qu’il me faut renforcer, retravailler et peaufiner. Si, pendant les 80 minutes de jeu, nous nous en tenons à la stratégie décidée, cela marche. C’est vrai que cela demande beaucoup de confiance de la part des joueurs d’appliquer les consignes à la lettre, mais, une fois que tout le monde est dedans, tu deviens presque inarrêtable parce que tu es bien plus fort que les équipes moins bien organisées.
Pour l’anecdote, les anglophones se moquent un peu du jeu des Français. Ils racontent que les tricolores sont réfractaires à l’autorité et presque impossibles à dompter… C’est le fameux « French Flair » qui fait leur renommée dans le monde entier.
Comme j’ai fait une très grande partie de ma carrière dans des clubs français, je sais m’adapter à ce système sans problème.
Lors de cette interview, réalisée au début du mois d’octobre, Christopher Hilsenbeck devait attendre le mois de mars 2026 pour rejouer avec les « Hounds » de Chicago. D’ici là, il recevra sur son téléphone un véritable programme d’entraînement pour ne rien perdre de sa forme physique. Que ce soit pour la sélection nationale américaine ou pour le club de Chicago, il doit toujours être prêt à jouer.
D’ailleurs, début novembre, il est reparti quelques semaines pour jouer avec les « Eagles » contre l’Écosse, la Géorgie et la Roumanie.
Après ces trois derniers matches de la sélection nationale, il va vivre en famille sur la Côte Basque, proche de son petit garçon et de sa compagne, jusqu’en mars 26 où il espère rejouer à Chicago.
Je connais cette structure, les encadrants sont les mêmes que l’année dernière et là, je sais que je peux attaquer direct, et sprinter dès les premiers jours. À moi d’être physiquement fort pour gagner ce pari. Chez moi, j’ai une salle de sport, et un terrain de jeu tout proche. J’ai aussi un peu de matériel, des ballons pour aller faire du jeu aux pieds.
Après, parfois, la motivation n’est pas évidente à trouver ou à maintenir. Mais aujourd’hui, je sais que c’est un peu mon dernier défi. C’est le Graal !
Je suis heureux d’avoir l’occasion de participer à la Coupe du Monde 2027, qui se tiendra en Australie. Parce que, si la sélection avait perdu là contre les Samoa, c’était fini pour nous !
Et j’avoue que je ne me voyais pas retourner à Chicago, même si j’y prends beaucoup de plaisir… Mais au fond, pour y faire quoi ?
Bien que je sache que, malgré mon éventuelle absence, un autre joueur pourrait être plus en forme que moi et mériter sa place davantage, je me lance à corps perdu dans la bataille.
Je veux montrer à mon fils, Carl, ce chapitre important de ma vie !
Je serais tellement fière que ma carrière se termine en apothéose, là-bas en Australie, avec toute ma famille, ceux qui m’ont soutenu et, bien sûr, ma compagne. Ce projet, m’insuffle une motivation hors pair. Le sport, l’hygiène de vie, et la discipline qui en découle au quotidien font partie de mon identité en quelque sorte. Certes, je dois faire attention à mon sommeil, faire attention à mon alimentation, mais ce n’est pas un effort, c’est juste, tout simplement, une règle de conduite.
Et puis, il y a des accomplissements personnels, tels que :
Le nombre de matchs professionnels, je pense que je dois être à plus de 200, 250, quelque chose comme ça.
J’ai reçu peu de cartons jaunes au cours de ma carrière…Je suis encore le meilleur marqueur de Vannes.
Ce sont de petites choses qui ne sont pas forcément des médailles, c’est juste de l’accomplissement personnel, c’est fantastique et génial. Mais une coupe du monde, c’est vraiment un accomplissement du collectif. Certes, chaque joueur a ses propres motivations, mais nous y allons ensemble, tous tournés vers le même rêve. C’est cela l’esprit d’équipe de la sélection, tous uni pour une même cause, et j’ai la chance d’espérer en faire partie.
Le choix final aura certainement lieu quelques semaines avant le mois d’octobre 2027. D’ici là, je me donne toutes les chances, physiquement, psychologiquement et humainement d’y participer.
En cela, l’amour de ma compagne et de mon fils est le meilleur atout pour une motivation à plus de 200 %. Sans eux, je ne pourrais jamais arriver à atteindre mon rêve et c’est ce soutien sans faille de la part de Cloé qui est le plus important à mes yeux aujourd’hui. Attention, elle ne me soutient pas pour me faire plaisir, elle me porte pour partager avec moi des moments forts de notre vie de couple. Sans ce rêve commun, son aide n’aurait pas été durable à cent pour cent. Nous avons pris toutes les décisions importantes de ma carrière, ensemble, prenant le temps d’en discuter, de voir les côtés positifs ou négatifs pour notre intimité. Il était important à mes yeux de voir comment elle organisait son travail en fonction de mes affectations et changements de lieux assez fréquents. Je ne souhaitais pas désorganiser sa carrière juridique ni la sacrifier au nom du sport. Tout s’est bien déroulé jusqu’à présent. Cette Coupe du Monde sera comme un dernier cadeau sportif pour notre couple.
Depuis cette interview, Christopher est reparti jouer avec les Eagles:
Le 01/11/25 Écosse /USA : Match remporté par l’Écosse. Le 08/11/25 Géorgie / USA : Match remporté par la Géorgie.
Le 15/11/25 Roumanie / USA : Match remporté par les USA.
Christopher Hilsenbeck, l’enfant balloté entre deux continents, a fait ses choix de vie et de carrière, pour trouver une stabilité dans son intimité, dans sa famille, avec ses amis d’enfance. L’enfant en manque de câlins maternels et qui pleurait seul dans son lit le soir à Colomiers, sait plus que tout autre combien les valeurs familiales, sportives, et sociales sont d’une importance capitale. C’est viscéral, incontrôlable et ce traumatisme lui a sans doute permis de forger son destin en fonction de ses coups de cœur et des opportunités qui se sont présentées à lui. Au plus profond de son être, il sait ce que le manque affectif représente et ne veut, en aucun cas, répéter cette situation auprès de son foyer. Une carrière de sportif oblige parfois un athlète à ne penser qu’à soit, mais le petit garçon qui se cache en lui connaît la signification de l’absence, des retrouvailles et des séparations. Fort de cette expérience de vie, l’homme a priorisé les valeurs familiales par rapport à sa passion pour son métier… Même s’il a choisi de voir dans le rugby un engagement digne d’une vocation, il sait que cela n’est que temporaire. Une carrière de sportif de haut niveau ne dure qu’un temps. Aujourd’hui, il arrive à l’apogée de son art et nous espérons de tout cœur qu’il puisse se rendre en Australie pour jouer cette coupe du Monde de rugby.
Après c’est inéluctable, Christopher va cesser de jouer, normalement dans deux ou trois ans. Mais que se passerait-il, si les aléas de la vie font qu’une blessure, ou qu’un autre joueur l’empêche de vivre son rêve absolu ? Sa vie doit-elle s’arrêter pour autant ?
Ce sera dur, très dur même, car Christopher a donné un sens à sa vie en pratiquant le rugby depuis plus de 20 ans. Toute une vie tournant autour du ballon ovale…
Mais, aujourd’hui, ce n’est plus comme ça. Christopher est devenu Papa !
Un petit changement de perspective qui lui a redonné le sourire et lui a permis d’entreprendre une mission bien plus importante.
Et celle-là ne s’arrêtera jamais !
Même si la passion du jeu demeure forte, de nos jours, ce qui donne un sens à la vie de Christopher devenu père c’est la famille. Les décisions ne peuvent plus être prises en fonction de lui seul, et il passe désormais derrière Carl et Cloé. Avant d’avoir ces responsabilités de père de famille, ce sportif pouvait être très rigide, sur ses horaires de récupération. Aujourd’hui, si le petit est trop énervé pour dormir ou s’il manque de temps pour faire son entrainement, ce n’est pas la fin du monde…
Pater familias, un titre honorifique dont il est très fier….
Aujourd’hui, en ce début d’année 2026, Christopher est le compagnon de Cloé et Papa de Carl. Devenir parent à son tour, c’est l’un de ses plus beaux titres et cela le définit largement mieux que celui d’être un joueur pro couronné de succès…
Devenir numéro 10 chez les Eagles est certainement une distinction honorable, mais c’est aussi une position temporaire qui prendra fin sous peu.
L’engagement familial, c’est pour la vie !
Finalement, cela offre un peu plus de légèreté dans ce que l’on fait. Aujourd’hui, je suis sûr que, lorsque je vais arrêter ma carrière de sportif de haut niveau, je ne vais pas tomber, car j’ai tout le reste à découvrir et surtout à construire…
Je suis un père de famille avant tout !
Philippe Vignon (tout droits réservés)
Janvier 2026












