Véronique Fabregas

Véronique Fabregas, est professeur en espaces verts et aménagements paysagers dans un lycée privé agricole de la région Toulousaine. En même temps, elle est élue territoriale dans une commune du Nord-Toulousain depuis 12 ans, et travaille à la transition écologique, où elle défend ses valeurs, avec beaucoup d’énergie. 
En mars 2026, cette passionnée du « vivant » ne briguera pas de troisième mandat, estimant d’abord devoir laisser sa place à la génération montante, mais aussi parce qu’un mandat municipal est très chronophage, si l’on prend cet engagement avec sérieux. Aujourd’hui, elle a envie de profiter de tout son temps pour élaborer un nouveau projet, « Entre Deux Pluies », qui espère-t-elle changera la façon d’envisager l’arrosage des arbres, de manière naturelle et suivant le rythme de chaque espèce, afin de minimiser l’impact de l’Homme sur la nature…


Qu’est ce qu’on appelle le vivant, et d’où vous vient cette passion envers lui ?

Dès l’enfance, j’ai toujours été férue de tout ce qui est vivant !
Cela part du mycélium, constitué de fils souterrains à partir desquels les champignons que nous cueillons poussent et qui est bien antérieure (environ 90 millions d’années) à l’Homo sapiens sapiens… Cela concerne aussi les racines des arbres, le monde végétal, animal… En résumé, c’est tout ce qui a une résonance vivante sur notre planète.


Est-ce que vous faites des plantations et protégez la faune qui nous entoure ?

Aujourd’hui, il faut comprendre que le vivant n’a aucun cadre juridique et, pourtant il faut protéger les plantations. Notre société contemporaine, considère encore le vert comme un décor, alors qu’il appartient à notre passé historique. Ici en Europe, nous avons hérité d’une histoire en lien avec la nature qui est en partie liée à la peur. Et en France, il existe aussi une sorte de deuxième couche qui est un système paysager enchainé à l’hygiénisme à cause des fameux jardins de Versailles… Notre passé paysager, ainsi que le jardinage sont alliés à la parfaite maîtrise des plantations, où tout est taillé au cordeau, où chaque plante est soigneusement coupée. Les bosquets sont cloisonnés, les plantation très encadrés ou domestiquées et surtout, il faut que rien ne dépasse du cadre fixé au départ. Cette vision des fameux jardins à la Française crées par le jardinier Le Nôtre sous Louis XIV, est entrée dans la mémoire collective et représente aux yeux de presque tous la manière de traiter la nature et le vivant.

Et cette vision transforme inconsciemment les Français ?

Oui, parce qu’il y a des endroits, en Europe, où la nature est laissée libre. Chez nous, quand nous nous baladons, tous les arbustes sont taillés soit en rond, soit en carré, voir parfois de manières extravagantes. Or, dans les forêts, les arbustes ne sont jamais carrés, ni triangulaires, ni ronds…
Il est possible donc, d’en déduire que l’humain à une prégnance sur la maîtrise du végétal afin qu’il rentre dans les codes et les schémas esthétiques qu’il s’est fixé. Nous considérons que le monde végétal doit rester à la place que l’on veut bien lui donner, et ne pas trop en sortir pour éviter les frayeurs… Regardez la panique que peut provoquer une abeille ou une guêpe venant simplement découvrir qui ose partager son espace vital, lors d’un piquenique dans un espace vert.
Pourtant, tout autour de nous, la campagne recule et nous construisons de plus en plus, les villes s’agrandissant à grande vitesse. L’urbanisation exerce une pression croissante sur les espaces naturels, malgré l’existence de cadres réglementaires visant à limiter l’artificialisation des sols. Si des zones sont aujourd’hui protégées ou encadrées, la réalité des territoires montre combien l’équilibre reste fragile, et combien les espaces urbains continuent d’empiéter sur les espaces verts, au détriment du vivant. 


Concrètement, comment cela se passe avec les architectes lors de travaux communaux par exemple ? 

Une mairie est un maître d’ouvrage. C’est-à-dire qu’elle commande, que des spécialistes proposent et elle accepte ou pas les solutions préconisées. En tant qu’élue à la transition écologique, je participe à la relecture des projets en y apportant mon regard sur le vivant. Malheureusement, je me dois de dire souvent non, car beaucoup de propositions proviennent d’un catalogue hérité d’il y a quelques années et qui aujourd’hui n’est plus compatible, ni avec le changement climatique, ni avec la biodiversité, ni avec ce dont on a besoin réellement. Donc, aujourd’hui, le paysagisme est à l’interface entre le génie écologique, et la naturalisation. L’esprit d’hier, où la ville est un décor magnifique avec des couleurs et des espèces toutes plus éblouissantes les unes que les autres, c’est certes génial, mais c’est malheureusement terminé de nos jours !
Il est crucial de prendre en compte le génie écologique, c’est-à-dire de se demander non seulement, qu’est ce qui est le plus bénéfique, mais surtout, à qui ? 
Puis étudier quel lien peut être envisagé avec un autre espace naturel,  pas trop éloigné, pour arriver à créer des corridors et des liaisons entre eux. De trop nombreux espaces verts ont été morcelés pour gagner de la place, coupant ainsi toutes corrélations entre les différentes espèces animales. Aujourd’hui, il faut tenir compte du coefficient de Biotope et comprendre les espèces qui peuvent cohabiter à l’endroit choisi. Nous devons impérativement semer des graines utiles. Nous ne pouvons plus nous permettre d’ajouter, dans nos massifs, des ressources non essentielles à la biodiversité. Il faut absolument planter les espèces endémiques de chaque région et proposer des massifs ou bosquets différents à Strasbourg, à Nice ou à Toulouse.

Au sein de la municipalité que je représente, en collaboration étroite avec mes collègues, nous avons progressivement affiné le choix des arbres pour tenter de tisser un lien harmonieux entre la verdure et le béton. Nous avons un projet paysager assez important, ce sera une coulée verte qui va relier les établissements publics entre eux. Les résidents pourront se rendre du cinéma à un nouveau centre communautaire à pied, dans le calme et sans bruit, sans avoir à utiliser de voiture. Comme dans toutes les communes de la métropole Toulousaine, le bruit de fond de voiture est omniprésent. Là, il y aura un sentier linéaire doux avec, en arrière-plan, les chants des oiseaux, le bruit des ailes, des abeilles… C’est un projet représentant des paris importants pour l’avenir de la commune et la phase deux qui se termine bientôt verra sortir de terre une sente et un parvis, tout paysager. Je compte sur les élus qui me succèderont pour terminer la dernière phase dans la même symbiose et symbolique de ce que nous avons déjà réalisé.


Apparemment, durant les douze dernières années, vous avez su transformer la manière de concevoir, passant de l’ornemental au fonctionnel, en créant des parterres de fleurs utiles.

Alors, je ne sais pas si j’ai réussi ou pas réussi, mais j’ai essayé d’être toujours en première ligne du vivant. Je pense 4 pattes, 6 pattes, 8 pattes, racines. Je suis née comme ça !
Mon logiciel, ma façon de penser, et mon cerveau en arborescence font que je relis toujours tout. J’assemble et je rassemble. C’est pour ça que j’aime le collectif et que je pense que tout est connecté. Il y a tout ce qu’on voit et tout ce qu’on ne voit pas. Les racines des arbres s’étendent dans le sol sur une surface équivalente à celle de leur partie aérienne, et parfois plus, bien qu’elles soient généralement invisibles pour l’œil humain. Du coup, j’essaie de protéger ces phénomènes naturels. 
Par exemple, sur la ville, nous devions construire un nouveau collège, mais en coupant 85 arbres. Nous n’étions pas contre ce projet, mais nous étions pour autre chose et nous avons levé les boucliers. Les travaux ont été stoppés pendant plus d’un an, mais nous avons réussi à trouver un équilibre afin de protéger cet espace boisé classé, où il y avait un renard, des écureuils et des familles entières de vivants. Les travaux vont redémarrer, et ils seront menés dans le respect de l’environnement.
 

Qu’est-ce qui vous a poussée à choisir cette direction quand vous étiez étudiante?
Je n’ai pas vraiment choisi, et j’ai suivi les chemins de la vie. Il y a toujours eu une sorte de fil conducteur qui ne m’a jamais vraiment quitté. C’était comme un appel permanent et si ce n’était pas moi qui allais vers lui, c’était la vie qui m’y amenait…
Jeune, j’ai arrêté mes études et n’ai pas passé mon baccalauréat. Par contre, j’ai beaucoup voyagé avant de revenir au bout de quelques années. J’ai donc obtenu mon baccalauréat à l’âge de 24 ans, puis j’ai étudié pour décrocher un diplôme d’horticulture, car je voulais renouer avec la terre. Et enfin, j’ai passé une licence pro d’aménagement du territoire à Angers.
Lors de mes voyages, en Afrique ou aux Philippines, j’ai rencontré des peuples qui avaient la même connexion que moi avec la nature. Ce fut une révélation, et quand je leur parlais, je réalisais enfin que je n’étais pas folle, qu’il y en avait d’autres comme moi qui, sans tomber dans l’ésotérisme ou le spirituel, avaient juste une vision et un regard différent sur le vivant. Il y a des îles aux Philippines où l’on se transmet cette liaison évidente, que ce soit vis-à-vis du petit poisson ou des cocotiers. Ce qui est assez important, c’est que le vivant n’est pas sacralisé, car ils le consomment, le cuisinent ou le chassent… dans le plus grand respect. C’est un peu le système de « la Pacha Mama » en Amérique du Sud. Lorsque l’on abat une bête pour la consommer, un peu de sang est versé au sol, pour honorer la « Terre Mère » en signe de gratitude pour l’avoir animée de vie et pour que son sang contribue à l’émergence d’une nouvelle existence… Cette façon de faire perpétue le cycle de la vie. Idem pour un arbre que l’on coupe, car il va servir à construire un abri ou des éléments qui vont aider le vivant, qu’il soit humain ou animal, à vivre…
C’est une forme de respect qui correspond à ma vision des choses !

Quelques années plus tard, un ami, Jean Marc Loubet, avait monté la commission de développement durable dans ma commune et m’a demandé de prendre sa place, pendant sa maladie. Malheureusement, il ne s’est jamais rétabli et je suis donc resté sur un premier mandat. Cet ami avait la vision du territoire de sobriété, de transition. Il osait affirmer : « On a dépassé les limites ! »


Comment avez-vous trouvé votre place dans l’équipe municipale ?

Le mandat, c’est du collectif. Il faut travailler avec un conseil, un maire et des adjoints qui ont aussi un pouvoir décisionnaire. Et après, il se forme des commissions, où les conseillers municipaux participent. Nous avançons ensemble et nous sommes en permanence dans l’opposition et le compromis. À plusieurs, nous avons mis des vétos sur l’urbanisme, changé les palettes végétales, et fait arrêter des pelles sur les chantiers. Nous avons managé les équipes de BTP et les architectes, en sachant que nous n’allions pas toujours sauver l’arbre, mais en nous disant qu’en faisant ça, nous les sensibiliserions au fait qu’on doit prêter attention au vivant. Parfois, nous avons sauvé de ce territoire, des arbres ou autre et ce fut de grandes fiertés pour nous. Nous semons de petites graines de conscience et nous regardons si ça germe ou pas.

Donc, quand il y a un projet à l’étude, vous donnez votre point de vue qui est plus ou moins écouté ? 

Il est plus ou moins écouté quand il est plus ou moins ressenti !
Le vivant, c’est avant tout une question de perception et de relation personnelle avec la nature : ce qui est propre, ce qui est sale, ce qui est carré, ce qui ne l’est pas ou encore la coupe annuelle des arbres pour maintenir un aspect soigné. C’est une histoire pleine et entière liée à notre chronologie personnelle, d’éducation, de famille. Nous avons tous inscrit en nous le jardinier royal Le Nôtre, mais, inconsciemment, quand nous partons en vacances, nous cherchons quand même des lieux reposants, la mer, les montagnes, la nature, où rien n’est parfaitement ordonné. Dans l’esprit populaire, il est permis de se laisser séduire par des panoramas enchanteurs, des activités revitalisantes et des expériences apaisantes lors de nos congés, mais pourquoi ne pourrait-on pas se l’autoriser au travail ?
Dans le projet nature en ville, notre cerveau sait qu’il est mieux sous un arbre quand il fait chaud que dans une pièce enfermée avec une climatisation allumée…
Notre saga humaine arrive après l’histoire végétale de la planète. Les végétaux étaient là avant nous. Nous avons 70% de gènes en commun avec les narcisses.


Les fleurs ?

Oui, avec ces petites fleurs. Et ce n’est pas nous qui avons donné nos gènes aux narcisses. Non. C’est la narcisse qui nous les a donné. Dans les branches scientifiques de l’évolution, dans tout le règne animal et végétal, à la base, c’est une cellule qui s’est multipliée, qui a créé la diversité qu’on connaît aujourd’hui. Donc nous l’homo sapiens sapiens, sommes sur la même branche que les narcisses, l’oursin ou le singe. Et nous avons des choses vitales en commun. C’est un héritage que notre corps connait, car c’est inscrit dans notre ADN. 
En réalité, il y a notre histoire, celle que nous nous racontons, celle de nos vies et il y a aussi le corps-machine qui nous porte, qui nous fait respirer, avec ce sang qui circule en nous. Les cellules, elles, elles ont des fonctions spécifiques nous connectant en permanence au vivant. La physique quantique a fait beaucoup de progrès et il y a une notion de fréquence que l’on sait mesurer, repérer. 
Il est clair que tout est lié, c’est scientifique, c’est prouvé, étayé !
Je trouve qu’on est à une époque fascinante où l’on va pouvoir, reconstruire, réinventer, innover et passer à autre chose. Je suis une personne portée par l’espoir, c’est dans ma nature depuis toujours.
De mon côté, j’ai fait mon propre travail pour enlever mes schémas négatifs, mes traumas, et à présent, comme tout le monde, je suis un être en mouvement, en quête de sens.


Et comment se manifeste cette quête de sens ?

C’est un peu comme de la Sylvothérapie, où les gens se promènent dans la nature, l’observent et parfois enlacent des vieux troncs. Cela sert, en les écoutant, à capter leurs énergies pour se sentir mieux, voir très bien… 
J’ai fait des formations, et j’adore voir des arbres pour me recentrer. Je ne suis pas seule à faire ça, nous sommes différents groupes qui surveillons l’évolution de tout ces arbres. En faisant le calme en soi, il est possible de ressentir une notion d’ancrage et de paix intérieure…
À ça, je rajoute un regard scientifique sur sa structure, la façon dont l’arbre se maintient et la forme de ses branches donne une bonne idée de la taille de ses racines. Par exemple, s’il y a une grosse charpente qui part à droite, je comprends tout de suite qu’il a une racine importante qui le tient forcément à gauche.
Un arbre c’est physique !
Ce sont de grands géants qui doivent tenir coûte que coûte. Ils ont un système racinaire, au moins aussi gros que la partie aérienne. Cela  permet de comprendre pourquoi, les fondations d’un mur en béton, même éloignées, posent un problème pour sa croissance. Lorsque l’on regarde les petits carrés de terre prévus pour les plantations sur les trottoirs, cela explique pourquoi, pendant plus de dix ans, nous avons des bâtons qui ne grossissent pas. Ils mettent des années avant que leur système racinaire s’épanouisse. Ils en souffrent énormément.
À force de les examiner, j’arrive à voir le degré de résistance ou de souffrance, en fonction de leurs feuilles. Parfois, l’arbre les a laissés tomber parce qu’il lui manque quelque chose d’essentiel. En réalité, il sacrifie ses fruits ou ses feuilles, il descend sa cime, il condamne des rameaux entiers pour économiser sa sève, il se réduit pour mieux résister. C’est un être vivant, et aucun être vivant de la planète ne se laisse mourir sans combattre !


Quand vous étiez professeur au lycée agricole, quel était votre message et comment présentiez-vous les choses ?

Le respect du vivant !
Je commençais par replacer l’histoire humaine sur notre planète. Quand avons-nous atteint ce stade ? Quel âge notre planète a-t-elle ? Tout ceci pour que mes élèves puissent comprendre leur situation actuelle. Nous sommes des petites choses installées sur un astre qui tourne à la vitesse  de 140 000 km… J’essayais de leur faire comprendre notre petitesse dans un système solaire énorme, parfois même inimaginable pour certain.
Partant de là, je dézoomais pour revenir à notre histoire humaine en faisant des interférences avec les végétaux, les animaux et les différents règnes (animal, végétal, océanique…). J’expliquais qu’il y a déjà eu des extinctions et qu’il pourrait y en avoir d’autres. Nous sommes 8 milliards d’habitants, et aucun de nous ne ressemble à un autre. Il y a 8 milliards d’histoires hétéroclites, et elles sont toutes reliées par le vivant. C’est quasiment philosophique…
Impossible de parler du vivant sans parler philosophie !


Pourquoi ?

On ne plante jamais un arbre par hasard !
Il est crucial de comprendre et d’apprécier les raisons qui ont poussé une personne à le planter ici plutôt que là. Il va devenir un être qui va donner de l’eau, de l’ombre à des oiseaux, des insectes ou des humains… C’est simplement une question de respect pour la vie, comme je vous l’ai dit initialement.
J’expliquais souvent aux élèves que nous avions mis environ 60 ans pour défoncer notre planète qui est vieille de plusieurs millions d’années. Si leur génération décidait de prendre les choses en main, le problème pourrait être réglé en 20 ou 30 ans.
En d’autres termes, c’est insignifiant à l’échelle planétaire.
Prenons un livre de 500 pages comme référence de notre planète, l’humanité arrive sur les 10 dernières lignes de la dernière page… Moi, un simple être humain, je ne suis qu’une particule cachée dans le point final, posé à la fin de cette œuvre littéraire. Il faudrait un microscope pour me voir… À cette échelle, je ne suis rien dans ce livre, je n’existe pas !
Mais si 8 milliards de petits points vont dans le même sens, cela formera, peut-être un petit trait derrière le point final…
Je vois encore des élèves dont certains sont devenus des amis. Ils ont cette puissance de réflexion au niveau du vivant et de l’écologie. C’est devenu leur métier. Aujourd’hui, ils ont eux-mêmes des enfants avec qui je parle d’écologie et je sais ainsi que la relève est là. 
Finalement j’ai semé des graines et, aujourd’hui, je vois les premières pousses émerger et surtout, j’observe qu’elles commencent à s’épanouir.


En ce moment, vous travaillez sur un concept que l’on peut qualifier de révolutionnaire ?

La majorité des arbres plantés ne poussent pas, ou grandissent très mal. Il est crucial de réaliser que la disparition d’un arbre, planté il y a une décennie ou plus, et qui se meurt, signifie une perte de capture de carbone, outre les dépenses financières misent en place pour son développement et qui sont bien évidement envolées à jamais. Vu qu’on perd beaucoup d’arbres, c’est certes, beaucoup d’argent public jeté par les fenêtres, mais c’est surtout des centaines d’années de captation carbone réduites à néant. Si nous rajoutons les couches du vivant, les oiseaux, les abeilles, les fourmis, la vie, le terreau, et tout ce que la nature amène sur la planète, nous ne pouvons plus tolérer ce genre de chose.
Un arbre a besoin d’eau, en particulier durant les trois ou quatre premières années de sa vie, le temps que son système racinaire se développe correctement. Il n’a pas besoin de grandes quantités, mais d’une eau apportée au bon moment.
Or, avec le changement climatique, les pluies sont de plus en plus irrégulières : parfois trop abondantes, parfois insuffisantes, et souvent mal synchronisées avec les besoins réels du végétal. L’arrosage repose alors sur l’intervention humaine, programmée selon des contraintes techniques ou organisationnelles, et non toujours en fonction de ce dont l’arbre a réellement besoin. 
L’idée que j’ai eue, c’est d’écouter le vivant. La terre va nous dire, je suis en dessous et je sais que les racines n’ont pas la force d’aller chercher de l’eau, car elles sont trop jeunes pour le faire et pourtant : il faut de l’eau !
Où bien, là encore, elle peut nous dire que c’est suffisamment humide et qu’il n’y a pas besoin d’arroser. 
Je suis en train de travailler avec deux écoles d’ingénieurs à Toulouse pour réaliser un système d’arrosage composé d’une sonde, d’un réservoir et d’une électrovanne. La sonde voit si les racines sont bien et ouvre automatiquement le robinet, et ce 24h sur 24. Un réservoir déposée au pied de chaque arbre suffit à alimenter les racines en fonction du besoin. Les réservoirs seront conçus comme des éléments de mobilier urbain, tels que des bancs ou d’autres structures, avec des inscriptions poétiques évoquant le vivant.
Aujourd’hui, je suis au stade où d’une vision et d’une idée simple, je passe à un projet réel. C’est super excitant. Tout est parti d’une idée et j’ai envoyé mon petit projet, baptisé « Entre Deux Pluies » à des écoles d’ingénieurs en expliquant ma démarche face à la perte de jeunes arbres et la nécessité d’inventer d’autres manières de faire pour mieux les accompagner. Est-ce qu’ils pourraient essayer de faire quelque chose avec cette idée ?
Et la belle surprise, c’est qu’ils ont répondu positivement. Ils sont très motivés et aiment beaucoup ce projet pouvant changer les choses économiquement et écologiquement. C’est pour ça que nous recherchons de la simplicité, de la robustesse et de la sobriété. Un système très facile à mettre en place, qui sera en open source et pas cher pour que tout le monde puisse l’acheter, ou se le fabriquer. Les plans seront d’ailleurs en open data.
Dans quelques semaines, le proto-0 devrait sortir. Le Proto-0, c’est la création même de l’objet, le choix des matériaux, de la sonde, les premiers tests, etc. Ensuite, ce sera au tour du Proto-1, où nous planterons un arbuste dans une serre équipé du système. Il est obligatoire de vérifier le bon fonctionnement du prototype sur un végétal très jeune. Puis, il faudra étudier les seuils, les quantités d’eau, en combien de temps le réservoir est vidé…
Enuite viendra la version 1+, ce qui signifie que, en principe, vers mai-juin, un protocole devrait être mis en place avec 20 sujets, 20 réservoirs et des essences variées. 

C’est une histoire qui démarre, un chemin qui s’ouvre, et qui peut s’avérer long et passionnant. Cette aventure expérimentale pourra, je l’espère, changer la manière d’accompagner l’implantation et la résilience des jeunes arbres en milieu urbain.
Enfin, nous souhaitons aussi réfléchir à la façon de limiter l’usage de l’eau potable pour remplir les cuves. Plusieurs pistes existent : utiliser l’eau de pluie, en veillant à en laisser suffisamment pour la recharge des nappes, ou encore valoriser certaines eaux issues d’équipements municipaux, comme les piscines, après décantation et déchloration.
Plus largement, l’enjeu est d’explorer, avec prudence et méthode, différentes ressources en eau non potables pour l’homme, mais qui pourraient convenir au monde végétal. Aujourd’hui, chaque goutte compte, et apprendre à ne plus gaspiller l’eau est essentiel. Notre monde s’en portera mieux.


Léonard de Vinci expliquait à ses disciples que :
« Le mouvement est la cause de toute vie. Il faut expérimenter et sonder les secrets de la nature tout en ayant conscience des limites propres à l’expérience humaine. Si nous réalisons ce qu’il nous incombe de faire, nous aurons accès à une forme de bonheur imparfaite, mais réelle. »
Cette maxime est l’exact reflet du sens des recherches de Véronique, qui s’efforce de réponde à un besoin urgent qu’elle perçoit au plus profond de son être. Espérons de tout coeur, que grâce à son opiniâtreté, son combat sauvera ce qu’il peut encore l’être au niveau du vivant. Telle Don Quichotte, elle enfourche avec vigueur un destrier, sous forme de propositions concrètes, en démontrant à tous qu’il faut être à l’écoute de la faune et la flore. Ce sont des personnes comme elle, qui donnent un sens à leur vie en étant animées par le profond respect de la vie. Comme d’autre avant elle, Véronique est actrice de sa vie, elle ose, cherche, partage et tente de livrer des solutions à nos politiques de tous bords. Ne tiennent qu’à eux, d’essayer de les appliquer pour tenter de faire bouger, un temps soit peu, notre monde. Il suffit juste d’accepter que les enjeux du futur soient pris en charge dès maintenant, pour soulager notre planète qui abrite près de 8 milliards d’habitants. Et ce chiffre ne va cesser d’augmenter dans les années à venir…
Nos ancêtres, grâce à leur don d’observation, avaient bien compris comment fonctionnait le vivant et le respectaient sans le sacraliser pour autant. Aujourd’hui, notre monde dit moderne, est plongé dans une course en avant perpétuelle, laissant de côté tout ce système naturel pensant à tord qu’il pourrait le suppléer. Il serait peut-être temps que le vivant reprenne enfin la place qui lui est dû, afin de laisser à nos enfants un astre plein de ressources naturelles qui leur permettra de jouir d’une vie épanouie à leur tour.
Les petites graines de savoir implantés aujourd’hui dans les jeunes cerveaux des générations futures, par ceux qui comme Véronique Fabréga enseignent et croient au vivant avant tout, germeront et les aideront à trouver des solutions. Celles-ci, seront parfois simples, ardues, coûteuses, logiques ou illogiques, et certainement issues des résultats des recherches sur l’adaptation du vivant à l’évolution climatique que notre belle planète bleue est en train de subir, années après années…

Philippe Vignon (tout droit réservé)
Février 2026 

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